La Tâche : l’unicité d’un Grand Cru légendaire à Vosne-Romanée

19/08/2025

Un nom, une légende : l’histoire inséparable de La Tâche

L’histoire de La Tâche démarre bien avant ses premiers millésimes, enveloppée d’intrigues, de conquêtes familiales et d’enjeux de succession caractéristiques des grands vins de Bourgogne. Si ce Grand Cru fascine tant, c’est parce qu’il est l’un des rares à être monopole : le Domaine de la Romanée-Conti en détient l’exclusivité depuis 1933. Avant cela, les terres de La Tâche étaient déjà prisées, passant notamment des mains de la famille Joly de Bévy à la Maison Marey-Monge, puis aux de Villaine et Leroy, actuels co-gérants de la DRC (Decanter).

L’origine du nom reste fascinante : « La Tâche » est issu de l’ancien français pour désigner une “tâche” de vigne, un lot particulier, parfois acquis via les ventes publiques appelées “tâches”. Dès le 17e siècle, ce climat bénéficiait d’une grande notoriété pour la finesse de ses vins. Il est officiellement classé Grand Cru en 1936 lors de la création de l’AOC.

Un terroir à part : la géographie intime de La Tâche

À Vosne-Romanée, chaque mètre carré compte. Le vignoble de La Tâche occupe seulement 6,062 hectares, soit la moitié du plus célèbre climat voisin, la Romanée-Conti (1,81 ha). La parcelle s’étire sur un coteau pentu exposé sud-est, perpendiculaire à la célèbre route des Grands Crus. Son sol brun calcaire, riche en marnes à Ostrea accuminata (des fossiles marins), offre un drainage optimal et une nutrition mesurée, facteurs décisifs pour la concentration aromatique.

  • Surface : 6,062 hectares
  • Altitude : de 240 à 280 mètres
  • Sols : calcaire mêlé d’argile et de marne, forte présence de fossiles

Ce terroir pentu favorise l’ensoleillement, le réchauffement précoce au printemps et la maturité optimale du Pinot Noir. La présence de nombreuses “combes” ou petits vallons accentue la complexité microclimatique, élément que l’on retrouve dans l’éclat aromatique et la longueur en bouche des vins issus de cette parcelle.

Style, vinification et longévité : l'empreinte de La Tâche

La Tâche est souvent décrite comme l’une des expressions les plus intenses et profondes du Pinot Noir. Sa robe, d’une couleur rubis éclatante, annonce des arômes complexes mêlant fruits noirs (cassis, mûre), épices exotiques, notes de rose ancienne, de truffe, de sous-bois et parfois cette « touche animale » typique du cru.

La vinification au Domaine de la Romanée-Conti reste l’une des plus emblématiques de Bourgogne :

  • Vendanges manuelles avec tri très strict, menées en général à maturité plus poussée que dans d’autres Grands Crus alentours.
  • Vinification en grappes entières , révélant la fraîcheur et la structure tannique exceptionnelle du vin.
  • Élevage long, pour partie en fût neuf (100%), de 18 à 22 mois, sans collage ni filtration systématique.
  • Culture en biodynamie depuis près de 20 ans, maintenant une biodiversité particulièrement riche dans la parcelle (Site officiel DRC).

Ce soin extrême en cave permet à La Tâche d’atteindre après 10, 20, parfois 50 ans, une complexité et un équilibre bluffants. Les vieux millésimes affichent une fraîcheur structurelle et une aromatique qui évoluent admirablement dans le temps : cèdre, cuir, moka s'ajoutent à la dentelle florale d’origine.

Comparatif avec les autres Grands Crus de Vosne-Romanée

Grand Cru Surface (ha) Propriétaire principal Style & Structure
La Tâche 6,062 Monopole DRC Intensité, profondeur, tension, grande longévité
La Romanée-Conti 1,81 Monopole DRC Élégance, finesse ultime, longueur, grande harmonie
Richebourg 8,03 DRC, Thibault Liger-Belair, Mongeard-Mugneret, etc. Puissance, velouté, volume, charme épicé
Romanée-Saint-Vivant 9,44 DRC, diverses maisons Raffinement, équilibre, aromatique florale

Ce qui distingue La Tâche au sein de cette galerie de géants, c’est l’équilibre singulier entre puissance et énergie minérale. Quand Richebourg s’exprime par le muscle et la générosité, La Tâche signe sa différence par une tension acide, une verticalité rare, presque vibrante.

  • Production annuelle : environ 18 000 à 20 000 bouteilles — plus que la Romanée-Conti (environ 5 000) mais aussi prisé dans le monde entier.
  • Prix en 2023 : environ 5 000 à 13 000 € la bouteille selon le millésime (source : Wine-Searcher).

La rareté et l’aura : pourquoi La Tâche fascine autant ?

La rareté magnifie le prestige. Moins confidentielle que la Romanée-Conti, La Tâche demeure cependant inaccessible au plus grand nombre. Tirée chaque année en quantités infimes, à la qualité constante, chaque bouteille bénéficie d’un suivi rigoureux et d’une traçabilité sans faille. Cette régularité, presque sans équivalent, explique qu’elle soit l’une des cuvées les plus recherchées en vente aux enchères, juste derrière sa « grande sœur ». En 2022, une bouteille de La Tâche 1999 a atteint 7 320 € chez Sotheby’s.

Les vignerons locaux évoquent souvent l’empreinte émotionnelle de ce vin, capable de susciter chez l’amateur un souvenir indélébile — ce “frisson bourguignon” né de la vibration du terroir dans le verre.

Quelques anecdotes et millésimes remarquables

  • Millésime 1990 : considéré comme l’un des sommets, alliant puissance et sensualité, parfait équilibre entre trame tannique et aromatique subtile.
  • 2005 : la trame la plus élancée, aux tanins soyeux, promesse d’une garde de plus de 50 ans.
  • 2010 : acuité minérale, densité, énergie éclatante, saluée unanimement par la critique (Burghound).

Moins attendu mais révélateur : en 2015, une tempête de grêle a épargné La Tâche de justesse, ce qui explique l’exceptionnelle concentration de ce millésime, alors que d’autres parcelles voisines étaient gravement touchées.

La Tâche aujourd’hui : enjeux de conservation, évolution et dégustation

Posséder ou déguster une bouteille de La Tâche suppose des soins extrêmes : conservation à température constante (12-14°C), hygrométrie contrôlée, lumière tamisée. La plupart des experts recommandent de patienter au moins 15 ans avant d’ouvrir une bouteille, mais les grandes années traversent sans perdre leur éclat les décennies.

À la dégustation, il est conseillé de servir à 16°C dans des verres larges pour révéler tout le bouquet. L’aération préalable — 2 à 3 heures pour les millésimes récents (<20 ans), davantage pour les plus âgés — permet l’épanouissement progressif de ses arômes complexes. Beaucoup d’amateurs à Beaune racontent leur émotion face à la persistance presque éternelle de la finale.

L’héritage vivant de La Tâche

La Tâche fascine par son unicité et son universalité : elle incarne l’âme de la Bourgogne tout en s’imposant comme référence mondiale du Pinot Noir. Issue d’un terroir minuscule, façonnée par la main humaine et le hasard des saisons, elle réunit toutes les strates de la complexité bourguignonne.

Déguster La Tâche, même une fois dans sa vie, c’est entrer dans l’intimité d’un terroir exceptionnel, ressentir la force du vivant, et humer ce que la nature, la patience et le savoir-faire de la Bourgogne peuvent offrir de plus pur.

En savoir plus à ce sujet :

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