Quelles appellations sont concernées par ces évolutions ?
Ne nous y trompons pas : la modification officielle d’une aire d’appellation reste rare (la dernière généralisation a eu lieu dans les années 1990 en Bourgogne – source : BIVB). Mais dans la pratique, trois phénomènes sont aujourd’hui bien palpables :
- La réévaluation des climats jugés « froids » ou marginaux.
- Les demandes d’extension ou de reclassement d’appellations communales.
- La renaissance des vignobles en altitude ou sur des expositions nord.
Focus sur le nord de la Bourgogne, l’exemple édifiant d’Irancy
Prenons Irancy, au sud d’Auxerre (Yonne). Ce petit village rougeoyant, longtemps vu comme la « frontière nord » pour le Pinot Noir, produisait des vins parfois durs, austères. Depuis 2003, succession de millésimes chauds, le type de vin a changé : les maturités sont plus régulières, les tanins plus souples. Le débat naît alors : faut-il ouvrir l’appellation à des versants nord ou revaloriser des villages alentour (Saint-Bris-le-Vineux) ? Pour l’instant, la doctrine reste prudente, mais l’aire d’appellation est observée de près.
Marsannay : des vignes autrefois reléguées qui retrouvent une noblesse
Au nord de la Côte de Nuits, Marsannay est une étoile montante. Premier village de la « Côte » en venant de Dijon, Marsannay a longtemps eu la réputation d’un vignoble « frais », peinant à maturité dans certains endroits. Désormais, des climats jusqu’ici marginaux (en altitude, ou sur les argiles les plus fraîches) sont recherchés. La commune a même, courant 2021, déposé des dossiers de classement en Premier Cru (source : La Revue du Vin de France).
Dans les faits, des parcelles naguère considérées de moindre qualité rejoignent la course. Un basculement discret mais révélateur : la chaleur ne se vit plus comme un obstacle, mais comme un allié dans certains secteurs.
Chassagne-Montrachet et le retour des forêts en vigne
C’est une image qui marque les esprits : quand certains propriétaires de Chassagne replantent là où la forêt avait repoussé sur d’anciens terroirs – dans les « bas » du village, ou sur les versants nordites restés longtemps en friche car jugés trop frais. La hausse des températures rouvre la question de la délimitation exacte de certains climats (voir dossier Bourgogne Aujourd’hui).
À Chassagne comme à Puligny ou Meursault, on assiste à des relectures de la hiérarchie : les parcelles autrefois recherchées pour leur précocité offrent aujourd’hui, dans les années chaudes, des vins puissants, pouvant manquer de fraîcheur et d’élégance. À l’inverse, les « hauts » de coteaux connaissent une petite renaissance.