Chardonnay de Bourgogne : Meursault et Chassagne-Montrachet, deux visions d’un cépage phare

26/04/2026

Meursault & Chassagne-Montrachet : repères dans la Côte de Beaune

Difficile d’aborder Meursault et Chassagne-Montrachet sans se pencher sur leur place sur la carte et dans l’histoire de la Bourgogne.

  • Meursault : s’étend sur 396 hectares de vignes, dont près de 96% de blancs, tous issus du Chardonnay. Il n’existe pas de grands crus officiels à Meursault (bien que certains lieux-dits comme "Les Perrières" suscitent encore des débats d’experts autour d’un éventuel classement). Meursault est surtout reconnu pour la qualité exceptionnelle de ses 19 premiers crus, tels que "Charmes", "Perrières" et "Genevrières".
  • Chassagne-Montrachet : couvre environ 350 hectares en blanc (et une centaine en rouge, mais ici c’est bien la robe or du Chardonnay qui nous intéresse), et partage avec Puligny son Graal : le mythique Grand Cru Montrachet, accompagné de Bâtard-Montrachet et Criots-Bâtard-Montrachet. Les premiers crus abondent eux aussi (55 en tout, dont "Les Champs Gain", "Morgeot", "Les Caillerets"...).

Géographiquement, les deux villages ne sont distants que de 7 km : ce voisinage rapproche, mais chaque sol, chaque pente, chaque vent façonne le vin différemment.

Le terroir : la clé des nuances

C’est une notion bien plus vaste qu’on ne l’imagine au premier abord. Chacun des deux villages dispose de profils de sols et de microclimats singuliers, qui jouent un rôle décisif dans le caractère final du vin.

Appellation Nature des sols Situation / altitude
Meursault Marnes calcaires, argiles ; présence de cailloutis ; sols profonds, drainants. 260 à 320m ; pentes douces à modérées ; exposition Est à Sud-Est.
Chassagne-Montrachet Combes calcaires, graviers, argiles brunes plus riches en fer ; mosaïque de terroirs. 220 à 325m ; variations rapides de pente ; exposition Sud-Est à plein Sud.

La diversité des sols, notamment à Chassagne, explique la variété de styles au sein même des premiers crus. Le calcaire amène la tension et la fraîcheur, l’argile donne du gras et de la structure. Quant aux marnes, elles apportent cette onctuosité typique de Meursault et participent à la générosité de ses vins.

Vinification & élevage : des choix impactants

À même cépage, le style bourguignon s’exprime aussi dans les partis pris des vignerons, hérités de familles ou revisités à chaque génération. Sans en faire des caricatures, quelques tendances se démarquent.

  • Meursault :
    • Fermentations lentes, élevages longs (parfois 18 à 24 mois) sur lies
    • Fûts de chêne souvent usagés, présence d’un boisé maîtrisé, jamais outrancier
    • Recherche de la complexité, de la profondeur, mais avec une fraîcheur bien surveillée
  • Chassagne-Montrachet :
    • Élevages pouvant être plus courts selon les terroirs, mais l’utilisation du bois reste importante, surtout sur les cuvées de garde
    • Vins parfois plus dynamiques dans leur jeunesse, mais qui s’étoffent avec le temps
    • Pressurage soigné, extraction délicate pour préserver éclat et finesse

Des figures comme Dominique Lafon (Domaine des Comtes Lafon) à Meursault ou Jean-Marc Pillot à Chassagne prouvent à quel point chaque détail compte, et s’impriment dans la signature du vin. (Sources : Bourgogne Aujourd’hui, Le Guide Hachette des Vins)

Nez et bouche : que goûte un Meursault, que goûte un Chassagne ?

Que se passe-t-il concrètement, une fois le verre sous le nez ? D’un village à l’autre, on reconnaît les codes… et les nuances.

Meursault Chassagne-Montrachet
  • Arômes de noisette, amande fraîche, beurre, brioche, miel, fleurs blanches
  • Bouche ample, enveloppante, souvent ronde et soyeuse, longue persistance
  • Une texture crémeuse, une certaine opulence, toujours équilibrée par une minéralité sous-jacente
  • Beaux accords : poissons nobles en sauce, volailles rôties, Comté affiné
  • Palette sur les agrumes mûrs, le zeste confit, la fleur d’acacia, parfois des notes de silex
  • Bouche plus droite, nerveuse, fraîche, structure tendue mais volumineuse
  • Salinité perceptible, finale vibrante, pureté du fruit
  • Beaux accords : fruits de mer, poissons grillés, fromages de chèvre, mets iodés

Dans l’ensemble, Meursault montre souvent une générosité tactile et aromatique, quand Chassagne-Montrachet se distingue par sa finesse ciselée, sa précision, parfois une note pierreuse. Mais les exceptions sont nombreuses et chaque millésime, chaque vigneron apporte sa propre partition.

Premiers Crus, climats et traditions : zoom sur quelques bouteilles de référence

Le prestige de Meursault et Chassagne-Montrachet s’incarne dans leurs lieux-dits — ces “climats” qui tissent la réputation de la Bourgogne.

  • À Meursault :
    • Perrières : considéré comme l’un des crus les plus minéraux et racés, d’une tension remarquable, capacité de garde exceptionnelle.
    • Charmes : plus généreux, fruité mûr et caresse en bouche.
    • Genevrières : équilibre entre tension et ampleur, notes de fleurs blanches et d’amande.
  • À Chassagne-Montrachet :
    • Les Caillerets : finesse, allonge minérale, fruits blancs frais.
    • Morgeot : style plus riche, puissant, marqué par l’argile et un passage en fût de qualité.
    • En Remilly : le style “pulignyen”, minéral, citronné, splendide sur la fraîcheur.

Ce sont des terres à risques et à bonheurs : les grands millésimes (2014, 2017, 2019, 2020 sur la dernière décennie) révèlent toute la profondeur des terroirs, mais même dans des années moins suivies, le talent local exprime un raffinement rarement égalé ailleurs dans le monde.

Pourquoi (et comment) choisir entre Meursault et Chassagne ?

Au-delà de la notoriété, chaque amateur recherche un style, un moment, une émotion. Voici quelques clés pour vous guider :

  1. Pour la rondeur et la gourmandise, privilégier Meursault (surtout sur des plats à base de crème ou beurre).
  2. Pour la droiture, la fraîcheur et les notes vives, orientez-vous vers Chassagne-Montrachet.
  3. Pour un bel accord mets-vins, :
    • Meursault ira à merveille avec un risotto aux champignons, des volailles à la crème ou un vieux Comté,
    • Chassagne sublimera une sole meunière, un plateau de fruits de mer, et les fromages frais ou de chèvre.
  4. Côté garde : Les deux vieillissent magnifiquement, mais Perrières à Meursault ou Caillerets à Chassagne sont connus pour leur longévité exceptionnelle.
  5. Le prix : Les étiquettes bougent : un Meursault de cru réputé peut aujourd’hui dépasser certains premiers crus de Chassagne – d’où l’intérêt de découvrir des domaines émergents ou des climats moins célèbres pour allier plaisir et justesse.

Petites anecdotes à savourer autour d’un verre

  • Le village de Meursault n’a pas – officiellement – de Grand Cru, mais “Perrières” est appelé officieusement “le Grand Cru qui manque à Meursault” (source : Laurence Jobard, maître de chai historique).
  • Chassagne était, jusqu’aux années 1980, surtout réputé pour ses rouges ! Depuis, le Chardonnay y a conquis la majorité absolue. Sur 350 hectares en blanc aujourd’hui, c’en est presque 70% de la surface communale.
  • Les deux villages cultivent la tradition des "caves voutées" : à Meursault, certains chais dorment sous terre depuis le XVIIIe siècle, offrant des conditions idéales pour l’élevage. Chassagne, avec ses maisons de pierre blonde, déploie souvent des petites cuveries pleines de charme et de modernité.

L’art de la nuance, ou pourquoi la Bourgogne fascine tant

Entre la générosité beurrée d’un Meursault et la minéralité saline d’un Chassagne-Montrachet, chaque dégustation est une invitation à explorer le secret des climats, à découvrir la main du vigneron et la respiration des millésimes. La vraie magie, c’est que le “meilleur vin” n’existe pas : tout est affaire de moment, de désir et, surtout, de rencontre. Alors, que vous soyez amateur de rondeur ou de finesse, laissez-vous guider par votre curiosité... et la promesse d’un Bourgogne inimitable.

Sources : BIVB (Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne), Le Guide Hachette des Vins, Bourgogne Aujourd’hui, RVF (La Revue du Vin de France), entretiens de vignerons locaux.

En savoir plus à ce sujet :

Votre guide des vins de Bourgogne, de la vigne au verre