Des outils traditionnels aux technologies de pointe
Longtemps, l’étude des sols s’est faite “à la fourche” : en creusant des fosses pédologiques, on observait les différentes couches de terre, on grattait, sentait, goûtait. Cette pratique manuelle, hautement sensorielle et intuitive, subsiste toujours dans la plupart des domaines, mais elle s’enrichit désormais d’instruments qui bouleversent la cartographie.
La pédologie de terrain reste la base
Aujourd’hui encore, un vrai diagnostic commence par des fosses pédologiques, excavées à la main – tous les 100 ou 200 mètres pour bien comprendre l’évolution du sol sur une parcelle. On observe :
- Epaisseur et organisation des horizons (couches de sol superposées)
- Aspect du calcaire (fragments, pierres, roche mère)
- Couleur, compacité, humidité
- Présence d'argiles, de marnes, de fer ou de manganèse
L’appui des laboratoires et des analyses chimiques
Des échantillons sont prélevés pour analyse : granulométrie, taux de matière organique, pH, cation échangeable, teneurs en éléments majeurs (Ca, Mg, K...). Les vignerons privilégient aujourd’hui une approche fine, souvent à la parcelle. Un chiffre parle de lui-même : selon le BIVB, 3000 fosses pédologiques ont été creusées en Bourgogne depuis 1990 dans le cadre de travaux scientifiques et collectifs.
LA cartographie numérique : l’ère du GPS et des SIG
La grande révolution ? La rencontre des sciences du sol et du numérique, grâce aux Systèmes d’Information Géographique (SIG). Grâce à eux, on passe d’une cartographie 2D à des représentations dynamiques, multidimensionnelles, superposant crû, sous-sols, pentes, expositions et usages humains. Quelques données marquantes :
- La cartographie IGN 1:5 000 et 1:25 000 fournit une base fine pour le positionnement des parcelles et des climats bourguignons.
- La Bourgogne est l’une des premières régions viticoles françaises à avoir entièrement référencé en numérique l'ensemble de ses climats et lieux-dits (plus de 1 247 climats sur la seule Côte d’Or, source : BIVB et UNESCO).
Les vignerons exploitent ainsi des plateformes en accès partagé, pour croiser plans du cadastre, typologie des sols, rendements, historique de plantation ou même séquences de données climatiques.
Le scan proximal : électromagnétisme et viticulture de précision
Depuis une dizaine d’années, l’un des outils les plus spectaculaires est l’EMI (Electro-Magnetic Induction) ou scan proximal. Tiré par un tracteur (ou tracté manuellement pour les petites parcelles en pente), ce scanner “lit” la conductivité électrique du sol sur différentes profondeurs (jusqu’à 2 mètres). Ce relevé ultra fin permet d’évaluer :
- La texture (proportion d’argile, sable, limon)
- L’humidité résiduelle et la capacité de rétention d’eau
- La répartition des cailloux et de la roche mère
A l’échelle de lieux-dits aussi petits que le Clos des Perrières à Meursault (seulement 1,19 hectare !), ces données aident à adapter l’irrigation ou à sélectionner les porte-greffes, voire à replanter différemment chaque rangée.
L’imagerie par drone et satellite
L’innovation ne s’arrête pas là. Drones et satellites scrutent la vigne depuis le ciel : ils détectent, selon la lumière infrarouge et la réflexion du feuillage (indice NDVI), les différences de vigueur liées justement… aux variations de sol ! Ainsi, des sociétés telles que Chouette Vision développent des analyses de vigueur foliaire, utiles pour ajuster interventions agronomiques ou correction des carences, le tout à la maille du micro-parcelle.