Clos des Perrières à Meursault : un miroir rare du potentiel des terroirs bourguignons

27/07/2025

Le Clos des Perrières : situation, histoire et perspectives

Sur la Côte de Beaune, quelques parcelles sont l’objet de toutes les attentions, suscitant respect et curiosité. Le Clos des Perrières, enclavé sur les hauteurs sud-est de Meursault, en fait sans conteste partie. Bien plus qu’un simple Premier Cru, ce clos cristallise les enjeux qui font la noblesse et la singularité des grands terroirs bourguignons.

Avec une superficie d’à peine 3,8 hectares (source : Clos Perrières Meursault), le Clos des Perrières est l’un des plus petits, et pourtant l’un des plus remarqués, des climats de Meursault. Son nom revient systématiquement dès qu’il est question d’évoquer le potentiel, souvent sous-estimé, de ce village qui partage la scène avec les célèbres Montrachet et Corton-Charlemagne. Mais le Clos des Perrières a su s’imposer grâce à son identité forte et à ses vins d’une intensité rare.

Pour comprendre ce que ce cru révèle du potentiel des terroirs, il faut partir de sa topographie, de ses sols et de son histoire, mais aussi des gestes — souvent millimétrés — des vignerons qui l’élèvent. C’est là toute la complexité du modèle bourguignon : la magie vient de la combinaison très fine de facteurs naturels, humains et historiques.

Une géographie singulière : le Clos “dans le Clos”

Le Clos des Perrières occupe une position privilégiée à Meursault, formant une enclave au sein du Premier Cru “Les Perrières” dont il est historiquement un cœur. Il tient donc son nom du grand climat “Les Perrières”, réputé pour produire les vins les plus ciselés et minéraux du village.

  • Altitude : Entre 260 et 280 mètres, soit légèrement en surplomb par rapport au village, ce qui favorise des maturités lentes et mesurées.
  • Exposition : Plein est, offrant au soleil matinal et à la fraicheur du soir des conditions optimales pour le Chardonnay.
  • Climat : Les brises fraîches de la combe voisine tempèrent la vigueur de la vigne ; cela limite les excès parfois redoutés sur Meursault lors des étés chauds.

Derrière les murs de pierres sèches qui entourent la parcelle, le Clos des Perrières bénéficie ainsi d’un microclimat quasi-insulaire, combinant exposition idéale et relative protection contre les éléments violents (gel, vent). Historien du vin et géographe, Sylvain Pitiot le décrit comme “le lieu le plus minéral de tout Meursault” (source : Histoire des Clos).

L’alchimie des sols : du calcaire à la pierre à chaux

Tout en bas de la montagne de Montrachet, le sol du Clos des Perrières en dit long sur le potentiel des grands terroirs. Celui-ci culmine ici dans une expression pure, quasi ascétique, reflétant l’influence directe d’une géologie exceptionnelle :

  • Nature calcaire marquée : Le sous-sol est composé de roches du Jurassique moyen, à prédominance de calcaire à entroques, réputé pour sa capacité à drainer l’eau et à induire une vigueur modérée.
  • Faible épaisseur de terre : Entre 25 et 40 cm d’argiles brunes, juste assez pour nourrir la vigne sans excès, forçant la racine à puiser en profondeur.
  • Richesse en pierres à chaux : Les célèbres “perrières” évoquent les anciennes carrières à pierre, donnant une structure minérale exceptionnelle aux vins qui en sont issus.

Le lien étroit entre sol de mi-pente calcaire, cailloutis et régulation hydrique explique la puissance minérale du vin. Comme le souligne la géologue Françoise Vannier, “la structure du Clos des Perrières concentre tous les éléments qui font la pureté et la droiture des grands blancs bourguignons” (VinBurgundy.com).

Clos des Perrières à la dégustation : signature, intensité, longévité

Si l’on devait n’évoquer qu’un seul élément révélateur du potentiel d’un terroir, ce serait son écho dans le verre. Car le Clos des Perrières s’exprime toujours dans un registre unique, alliant :

  • Une tension minérale très marquée, plus marquée encore que dans le reste des Perrières. Les notes de silex, de poudre de pierre, sont souvent citées.
  • Une profondeur saline et une trame d’une grande finesse : pas de lourdeur, même dans les années chaudes ;
  • Une capacité de vieillissement exceptionnelle: les meilleurs millésimes dévoilent encore leur pureté vingt ans plus tard.

Les dégustations organisées à la cave Albert Grivault — le principal propriétaire, avec plus de 2 ha sur le Clos — montrent une étonnante constance qualitative. Les vins de 1996 ou 2002 dégustés en 2023 affichaient fraîcheur, tenue et précision, quand les Meursaults de plaine du même âge accusaient le poids du temps (source : dégustations Albert Grivault).

Ce style très affirmé a d’ailleurs inspiré de grands vignerons étrangers. Dominique Lafon, interrogé par La Revue du Vin de France, disait “J’aurais aimé que le Clos des Perrières soit classé en Grand Cru, car il incarne le sommet de l’appellation.”

Premier Cru Clos des Perrières : révélateur du potentiel (et des débats) sur le classement

Le statut de Meursault, sans Grand Cru, fait régulièrement débat. Or, le Clos des Perrières — parfois surnommé le “Grand Cru non-officiel du village” — vient illustrer la porosité et la discussion permanente sur la hiérarchie des terroirs.

  • Historique : Dès le XIXe siècle, l’œnologue Jules Lavalle proposait déjà de classer Les Perrières (et le Clos en leur sein) dans la catégorie des “Têtes de cuvée”, ancêtre de l’actuel Grand Cru (Histoire des Clos).
  • Retour de la notion de Clos : La spécificité d’un clos intra-Premier Cru met en lumière l’importance des murs, de l’unité de gestion et du microclimat qui y règne.
  • Performances à l’aveugle : Lors de concours internationaux (ex : Decanter 2022), des Clos des Perrières ont surclassé plusieurs grands crus sur des millésimes récents, attestant d’un niveau “hors-norme”.

Un rapport publié en 2010 par l’INAO sur le re-classement potentiel de certains climats de Meursault (notamment Perrières, Genevrières, Charmes) mentionnait le Clos des Perrières comme “le point culminant de finesse et d’expressivité minérale” (source : INAO). La question de son passage en Grand Cru a longtemps animé les débats locaux, et illustre la capacité d’un terroir limité par sa superficie à rivaliser, voire surpasser, les plus grandes références.

Comment le style du Clos des Perrières inspire-t-il les autres terroirs ?

Le potentiel du Clos des Perrières ne réside pas uniquement dans la qualité de ses vins actuels, mais aussi dans son rôle exemplaire pour les autres climats bourguignons. Son succès et sa reconnaissance ont permis de réinterroger, sur toute la Côte, la gestion fine des terroirs :

  1. Recherche de l’identité parcellaire : De plus en plus de domaines séparent aujourd’hui vinifications et élevages par micro-climat — une démarche inspirée des résultats visibles du Clos des Perrières.
  2. Patience en cave : Le Clos est systématiquement élevé sur lies longues (18 à 24 mois), sans bâtonnage excessif, pour respecter la pureté minérale. Ce modèle influence désormais l’élevage de nombreux Meursaults réputés.
  3. Transition écologique : Près de 80% de la surface du Clos est désormais menée en bio ou en biodynamie (source : Closperrieresmeursault.fr), attestant d’un retour à une gestion plus douce, au bénéfice du sol et des micro-organismes.

On cite souvent la phrase de Curnonsky (“Le roi des vins, vin des rois”) appliquée à la Bourgogne, mais le Clos des Perrières, par ses pratiques avant-gardistes, démontre surtout que la tradition n’exclut pas l’innovation ni la réflexion sur le temps long.

Déguster Clos des Perrières : à quoi s'attendre et comment l'aborder ?

Devant un Clos des Perrières, la meilleure posture consiste à oublier tout didactisme. Car ce vin demande d’être écouté plus que bu, tant il évolue dans le verre. C’est un excellent révélateur de ce que le terroir bourguignon peut produire dans sa plus grande vérité.

  • Couleur : Légèrement dorée mais lumineuse, ne virant jamais au jaune profond. Indicateur de la fraîcheur même sur dix ou quinze ans.
  • Nez : Évolutif : notes d'agrumes (cédrat, zeste de pamplemousse), touches florales (tilleul, chèvrefeuille), et surtout pierre frottée, coquille d’huitre. Les arômes tertiaires (miel, noisette) restent en arrière-plan, signe de maturité retenue.
  • Bouche : Attaque droite, milieu de bouche caillouteux, finale longue et saline. Rarement boisé de façon ostentatoire, la barrique est là pour souligner, pas dominer.

Les sommeliers anglo-saxons parlent de “nervosité” pour désigner cette tension palpable. Mais le Clos des Perrières fait aussi la démonstration que le terroir bourguignon a beaucoup plus à offrir que la simple puissance ou la richesse : c’est sa subtilité qui convainc, millésime après millésime.

Ce que le Clos des Perrières nous apprend sur l’essence (et l’avenir) des grands terroirs 

Le destin du Clos des Perrières met en lumière la manière dont un “simple” Premier Cru peut remettre en question la hiérarchie, redéfinir les critères d’excellence et montrer la capacité d’un terroir à traverser le temps, les modes, les crises climatiques. Il pose aussi la question suivante : la notion de terroir ne serait-elle pas aussi, pour partie, celle du regard porté par les femmes et les hommes qui le travaillent ?

Aujourd’hui, les meilleurs flacons issus de cette parcelle se négocient à 160-200€ sur les millésimes recherchés — une valorisation qui reflète une reconnaissance internationale. Mais la leçon la plus précieuse du Clos des Perrières n’est peut-être pas celle du prix ou du prestige, mais celle du questionnement, de l’humilité, face à la nature et au travail du temps.

Ce Premier Cru autonome, confidentiel et à l’identité aiguisée, continue d’inspirer vignerons, amateurs, et chercheurs. Sa dégustation compte chaque fois comme une expérience unique, dans le fil des grands vins de Bourgogne : un vin pur, nu, qui révèle l’extraordinaire potentiel des terroirs… et le mystère qu’ils continuent de porter.

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